LE MONDE EXTÉRIEUR
Rome, centre du monde
L’Empire romain demeure la première puissance d'Occident. Il n’est cependant ni le seul État industriel ni le centre incontesté de la planète : la Germanie et la Perse peuvent lui opposer des armées modernes, les États chinois possèdent leurs propres industries et d’autres régions importent les machines qu’elles ne savent pas encore produire en nombre. Les romains continuent malgré tout d’appeler « barbares » les étrangers avec lesquels ils commercent.
Le chemin de fer, la navigation à vapeur, le télégraphe et la radio ont rapproché les continents sans supprimer ni les distances ni les frontières. Voyager exige des papiers, des devises différentes et parfois un garant local. Les consulats protègent leurs ressortissants lorsqu’ils en ont les moyens. Une ligne ferroviaire internationale peut fermer à cause d’une guerre, d’une épidémie ou d’un douanier mécontent.
La peste a suivi les grandes routes commerciales avant de s’éteindre en 544. Elle n’a pas frappé toutes les régions avec la même intensité. Plusieurs États ont fermé leurs ports ou abandonné des provinces entières à leurs autorités locales. Les survivants ont hérité de dettes, d’usines et de frontières que personne n’avait prévu de leur laisser. En 548, le monde commerce de nouveau sans s'être davantage remis de la maladie que Rome.
Aucune institution ne gouverne le monde. Les États concluent des traités, échangent des ambassadeurs et reconnaissent certaines règles communes sans accepter d'arbitre. Les grandes puissances garantissent la neutralité d’un pays lorsqu’elles redoutent surtout de le voir rejoindre le camp adverse. Les petits États survivent en promettant des ports, des passages ou des ressources à plusieurs protecteurs.
Les ambassades sont devenues de grandes administrations. Elles délivrent des visas, négocient les droits de douane et protègent les entreprises de leur pays. Elles emploient aussi traducteurs, juristes, attachés militaires et espions. Les consulats installés dans les villes commerciales s’occupent surtout des marins, des contrats et des ressortissants arrêtés. Un citoyen romain peut réclamer la protection de l’Empire à l’étranger, juste pour parfois découvrir que le consul n'est armé que d’un téléphone et de bonnes intentions.
Les monnaies s’échangent par l’intermédiaire des banques internationales. Les cargaisons sont assurées, les dettes négociées et les prix transmis par télégraphe. Les guerres n’interrompent pas toujours ces relations. Rome et la Perse continuent de commercer pendant que leurs armées se surveillent. Les industriels allemands achètent du minerai romain qu’ils rendront peut-être sous forme d'obus.
La thaumaturgie complique encore les rapports entre États. Les licences romaines ne sont pas reconnues partout, les objets enchantés peuvent être saisis à la frontière et les prêtres étrangers ne disposent pas toujours du droit d’officier. Chaque puissance protège ses traditions utiles et cherche à recruter les spécialistes des autres.
- Nom
- État Germain (Þiudisk Rīki)
- Population
- environ 50 millions d’habitants
- Capitale
- Frankonofurt, Francofurtum ad Moenum en latin
- Géographie
- La Germanie s’étend de la rive orientale du Rhin aux grandes plaines de l’Est. Elle touche la mer du Nord au nord et les Alpes au sud. Le fleuve constitue à la fois sa frontière, son principal axe industriel et l’objet de ses revendications contre Rome.
- Forme politique
- Oligarchie militariste et populiste.
- Dirigeant
- Sigibert Walaric, Premier de l’État. Il a été nommé à vie par le Conseil suprême, puis acclamé par le peuple.
- Niveau technologique
- comparable à celui de Rome. La Germanie excelle dans l’industrie lourde, la logistique et l’armement.
- Contexte politique
- l’État est né après la défaite de 498. Humiliée par les légions romaines, l'ancienne confédération s'est disloquée. Les officiers francs renversèrent les rois germains avant de proclamer un régime centralisé. Les dynastes ralliés conservèrent leurs terres en échange de leurs couronnes et de leurs armées.
- Relations avec Rome
- une paix hostile tient depuis cinquante ans. La Germanie revendique la rive occidentale du Rhin mais dépend encore du commerce romain. Elle attend qu’une crise de succession disperse les légions pour frapper.
- Nota Bene
- l’Afwer, ou « Défense », réunit espionnage militaire, contre-espionnage et sabotage. La peste lui a offert une occasion inespérée : ses effectifs en Gaule ont augmenté dès que l’affaiblissement romain est devenu évident. Ses agents recrutent des contrebandiers, des fonctionnaires endettés et des officiers d’origine germanique. Ils surveillent les gares, les dépôts et les centrales du Rhin. Plusieurs accidents industriels récents ressemblent beaucoup à des essais.
- Nom
- aucun nom commun. Les géographes romains parlent de l’Europe extérieure.
- États principaux
- les royaumes du Hen Ogledd, l’Hibernie, les royaumes scandinaves et les confédérations baltes ou slaves.
- Population
- entre 20 et 30 millions d’habitants selon les estimations romaines.
- Capitales
- aucune capitale commune. Le pouvoir se concentre autour des cours, des ports et des assemblées locales.
- Géographie
- cet ensemble comprend le nord des îles Britanniques, l’Hibernie, la Scandinavie et les territoires situés à l’est de la Germanie. Il réunit des îles, des forêts, des plaines et de longues côtes tournées vers les mers du Nord et Baltique.
- Formes politiques
- royaumes, confédérations militaires, cités marchandes et ligues tribales.
- Dirigeants
- plusieurs dynasties et assemblées. Leurs alliances changent assez souvent pour rendre rapidement les cartes diplomatiques inutiles.
- Niveau technologique
- très inégal. Les ports utilisent la radio, la vapeur et des machines importées. Beaucoup de pays ne peuvent ni produire ni remplacer seuls ces équipements.
- Contexte politique
- la Germanie cherche à placer le Nord et l’Est dans sa dépendance économique. Les petits États acceptent ses prêts et refusent ses garnisons. Certains demandent en même temps des armes à Rome ou aux Goths.
- Relations avec Rome
- commerce régulier et influence limitée. Plusieurs princes envoient leurs enfants étudier dans l’Empire, pour qu'ils puissent ensuite dénoncer l’influence romaine avec un latin impeccable.
- Nom officiel
- Royaume des Goths. (𐌲𐌿𐍄𐌸𐌹𐌿𐌳𐌰, Gutþiuda)
- Population
- environ 16 millions d’habitants
- Capitale
- Sirmium
- Géographie
- le royaume occupe une partie des Balkans. Il contrôle plusieurs passages entre le Danube, l’Adriatique et la mer Noire. Ses montagnes isolent certaines provinces mais protègent aussi le cœur du pays.
- Forme politique
- monarchie héréditaire. La cour partage le pouvoir avec les dynastes militaires, les grandes villes et une administration largement héritée de Rome.
- Dirigeant
- Athalareiks II, roi des Goths.
- Niveau technologique
- industriel. Le royaume sait produire ses armes, ses locomotives et une partie de ses véhicules. Son économie reste beaucoup plus petite que celle de Rome ou de la Germanie.
- Contexte politique
- les dynastes défendent leurs anciens privilèges. Les fonctionnaires veulent renforcer l’État. L’armée moderne réunit ces deux camps sans les réconcilier. L’homéisme demeure lié à la monarchie, mais le pays abrite plusieurs religions.
- Relations avec Rome
- la cour traite avec plusieurs Caesars. Elle espère qu’une guerre civile videra les garnisons du Danube pour pouvoir s'émanciper du giron de Rome.
- Nom officiel
- Empire des Iraniens et des non-Iraniens (𐭠𐭩𐭥𐭠𐭭𐭱𐭲𐭥𐭩, Ērānšahr)
- Population
- entre 40 et 50 millions d’habitants
- Capitale
- Ctésiphon, Tisfōn en moyen-perse
- Géographie
- l’Empire s’étend de la Mésopotamie au plateau iranien. Il touche le Caucase, le golfe Persique et les routes d’Asie centrale. Les déserts séparent ses grandes régions sans empêcher les fleuves et les anciennes routes royales de les relier.
- Forme politique
- monarchie impériale centralisée. Le souverain gouverne avec la cour, l’armée, les grands propriétaires et les autorités zoroastriennes.
- Dirigeant
- Khosrow Ier Anōšīrvān, roi des rois.
- Niveau technologique
- comparable à celui de Rome. La Perse possède une industrie lourde, une armée moderne et ses propres écoles thaumaturgiques.
- Contexte politique
- Khosrow renforce l’administration et limite les anciennes familles sans pouvoir se passer d’elles. Les provinces supportent mal les réformes fiscales. Toute révolte devient officiellement un complot romain avant que l’enquête découvre des impôts impayables.
- Relations avec Rome
- rivalité militaire, commerce constant. Les deux empires s’affrontent en Mésopotamie, dans le Caucase et par clients arabes interposés. La cour perse suit la maladie d’Émilien II avec une attention presque médicale.
- Nom
- aucun ensemble politique commun
- États principaux
- l’Arménie, Հայք ou Haykʿ ; le Kartli ; l’Ałuankʿ ; les Ghassanides, الغساسنة ou al-Ghasāsina ; les Lakhmides, المناذرة ou al-Manādhira.
- Population
- environ 15 millions d’habitants
- Capitales
- plusieurs cours occupent les vallées du Caucase et les routes du désert.
- Géographie
- la région couvre le plateau arménien, les vallées du Caucase et les marges du désert arabique. Les cols, les fleuves et les oasis y comptent davantage que les frontières tracées sur les cartes.
- Formes politiques
- royaumes, principautés familiales et États clients.
- Dirigeants
- rois, princes et doyens de grandes familles. Aucun ne peut ignorer Rome ou la Perse.
- Niveau technologique
- intermédiaire. Les capitales et les armées disposent d’équipements modernes importés. Les campagnes et les montagnes restent peu industrialisées.
- Contexte politique
- ces États servent de frontières entre les deux empires. Leur neutralité existe surtout parce que chacun refuse de les céder à l’autre. Les alliances, les otages et les subsides changent régulièrement.
- Relations avec Rome
- Rome protège l’Arménie et finance les Ghassanides. Cette protection ressemble parfois beaucoup à une occupation. Une guerre civile permettrait aux clients de renégocier leurs obligations ou de changer de camp.
- Nom
- aucun nom politique commun. Les cartes romaines parlent d’Asie centrale.
- États principaux
- l’Empire hephtalite, les cités sogdiennes et plusieurs confédérations turques.
- Population
- entre 20 et 30 millions d’habitants. Ce chiffre est particulièrement incertain.
- Capitales
- cités caravanières, cours régionales et campements royaux. L’autorité suit souvent les routes plutôt que les frontières.
- Géographie
- l’Asie centrale s’étend de la mer Caspienne aux frontières occidentales de la Chine. Des steppes, des déserts et de hautes chaînes de montagnes séparent les vallées cultivées. Les populations et les armées se concentrent autour des fleuves, des cols et des oasis.
- Formes politiques
- empire militaire, cités marchandes et confédérations nomades.
- Dirigeants
- le souverain hephtalite domine encore une partie de la région. Les marchands sogdiens et les chefs turcs disposent cependant d’une influence croissante.
- Niveau technologique
- très inégal. Les grandes routes utilisent la radio et quelques lignes ferroviaires. Les armées associent véhicules importés, cavalerie et ateliers locaux.
- Contexte politique
- les Hephtalites contrôlent plusieurs passages entre la Perse, l’Inde et la Chine. Les confédérations turques gagnent du terrain au nord. Les maisons sogdiennes commercent avec tout le monde et survivent en évitant de choisir trop tôt un vainqueur.
- Relations avec Rome
- indirectes. Rome finance des lignes ferroviaires et protège ses négociants. La Perse tente de contrôler les mêmes routes. Chaque chantier enrichit d’abord les souverains chargés de le laisser passer.
- Nom
- भारत, Bhārata. Le terme désigne une civilisation et non un État unique.
- États principaux
- les derniers territoires gupta et plusieurs royaumes du Nord, du Deccan et du Sud.
- Population
- entre 90 et 120 millions d’habitants.
- Capitales
- nombreuses. Aucune cour ne peut parler au nom de toute l’Inde.
- Géographie
- le sous-continent s’étend au sud de l’Himalaya. Les plaines de l’Indus et du Gange rassemblent une grande partie de la population. Le plateau du Deccan et les côtes méridionales possèdent leurs propres centres politiques et commerciaux.
- Formes politiques
- royaumes dynastiques, principautés et cités puissantes.
- Dirigeants
- les successeurs des Gupta se disputent le Nord. D’autres dynasties dominent le Deccan et le Sud.
- Niveau technologique
- avancé dans les mathématiques, la médecine, l’astronomie et certaines métallurgies. L’industrie reste très en retard. Les réseaux ferroviaires sont fragmentés. Les États utilisent des normes différentes et dépendent des machines étrangères.
- Contexte politique
- l’effondrement des Gupta, les guerres hephtalites et la peste ont interrompu le progrès. Les banques préfèrent financer les ports d’exportation. Elles négligent les lignes intérieures et l’industrie lourde. Quelques villes possèdent pourtant des centrales, des tramways et des arsenaux modernes.
- Relations avec Rome
- commerce ancien et influence financière croissante. Les négociants romains achètent textiles, épices et métaux. Les consortiums obtiennent des concessions portuaires ou minières en échange de leurs prêts.
- Nom
- les Liang, 梁 ou Liáng ; les Wei orientaux, 東魏 ou Dōng Wèi ; les Wei occidentaux, 西魏 ou Xī Wèi.
- Population
- entre 80 et 100 millions d’habitants.
- Capitales
- Jiankang pour les Liang, Ye pour les Wei orientaux et Chang’an pour les Wei occidentaux.
- Géographie
- les Liang dominent le bassin du Yangzi et les régions méridionales. Les deux Wei se partagent les plaines du fleuve Jaune et les territoires du Nord-Ouest. Les montagnes et les grands fleuves renforcent la division politique sans interrompre les échanges.
- Formes politiques
- trois monarchies impériales rivales.
- Dirigeants
- l’empereur Wu règne sur les Liang. Les cours des deux Wei sont dominées par leurs généraux.
- Niveau technologique
- industriel. Les États chinois produisent leurs propres armes, machines, textiles et équipements ferroviaires. Les grandes vallées restent mieux équipées que les campagnes.
- Contexte politique
- les guerres entre le Nord et le Sud absorbent une grande partie des ressources. Les fonctionnaires, les généraux, les propriétaires et les monastères se disputent l’État. Le commerce intérieur continue malgré les frontières.
- Relations avec Rome
- rares et indirectes. Les ambassades passent par la Perse, l’Inde ou les cités sogdiennes. Rome et les États chinois se connaissent surtout par leurs marchandises et les récits de leurs intermédiaires.
- Nom
- aucun nom commun. L’expression désigne les territoires situés hors des provinces romaines d’Afrique.
- États principaux
- le royaume d’Aksum, መንግሥተ አክሱም ou Mängəśtä Aksum ; la Nobatie ; la Makurie ; l’Alodie ; le Wagadu.
- Population
- entre 30 et 45 millions d’habitants. Aucun recensement continental n’existe.
- Capitales
- Aksum et plusieurs cours installées sur le Nil ou le long des routes commerciales.
- Géographie
- l’Afrique extérieure commence au-delà des frontières méridionales de Rome. Elle comprend la haute vallée du Nil, la Corne de l’Afrique, les régions sahéliennes et un immense intérieur encore mal cartographié. Les fleuves, les côtes et les routes caravanières relient des territoires séparés par les déserts ou les forêts.
- Formes politiques
- royaumes, confédérations et cités marchandes.
- Dirigeants
- plusieurs rois, dont le négus d’Aksum. Aucun n’exerce d’autorité sur l’ensemble du continent.
- Niveau technologique
- largement inférieur à celui de Rome. Quelques ports possèdent des centrales, des arsenaux et des ateliers modernes. L’intérieur dépend des caravanes, des fleuves et de productions artisanales.
- Contexte politique
- les distances et la faible densité urbaine rendent les réseaux coûteux. Les capitaux étrangers aggravent le problème. Ils financent les mines, les plantations et les ports d’exportation. Ils financent beaucoup moins les lignes capables de relier les économies locales. La peste a ensuite ruiné plusieurs ports de la mer Rouge.
- Relations avec Rome
- Rome achète minerais, or et produits agricoles. Ses banques contrôlent plusieurs concessions. Aksum reste le seul partenaire régional capable de négocier presque à égalité, surtout autour de la mer Rouge.
- Nom romain
- Terrae Occidentales. Les peuples concernés emploient naturellement leurs propres noms.
- États principaux
- cités mayas, États mésoaméricains, puissances andines et nombreuses sociétés côtières ou intérieures.
- Population
- probablement entre 30 et 50 millions d’habitants. Les maladies importées rendent toute comparaison ancienne difficile.
- Capitales
- aucune capitale commune. Plusieurs grandes cités dominent des régions distinctes.
- Géographie
- les Terrae Occidentales occupent les continents situés au-delà de l’océan Atlantique. Les navigateurs connaissent assez bien certaines côtes et les grandes îles. L’intérieur, les chaînes montagneuses et les régions les plus septentrionales restent beaucoup moins précisément cartographiés.
- Formes politiques
- cités-États, royaumes, confédérations et empires régionaux.
- Dirigeants
- nombreux souverains locaux. Les cartes romaines en ignorent encore une bonne partie.
- Niveau technologique
- très inégal. Certaines puissances ont adopté les armes à feu, l’écriture alphabétique ou la navigation étrangère. Aucune ne possède encore une industrie comparable à celle de Rome. Les techniques locales restent avancées dans plusieurs domaines agricoles, urbains et médicaux.
- Contexte politique
- les contacts transatlantiques ont apporté le commerce, les armes et les épidémies. Des puissances étrangères contrôlent des comptoirs et quelques colonies. Les distances, les résistances locales et leurs propres rivalités les empêchent d’aller beaucoup plus loin.
- Relations avec Rome
- commerce limité mais lucratif. Rome recherche métaux, plantes, médicaments et escales navales. Pour un habitant de Trèves, ces terres sont parfaitement réelles mais assez lointaines pour être encensées par un marchand peu scrupuleux.