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HEPHAESTVS·ANTE·PORTASFICHE·PERSONAE
Fiche soumise · mise à jour le 21 septembre 2026

Vitalis Caesennius

Identité

Nom
Caesennius
Prénom
Vitalis
Âge
25
Sexe
Homme
Date de naissance
0523-08-08
Lieu de naissance
Rome
Origine culturelle
Italien
Langue maternelle
latin
Familiarité culturelle
Occident romain
Profession
Entrepreneur indépendant, également thaumaturge agréé
Affiliation
EvocatiVétéran de la campagne d'Orient, inscrit chez les evocati depuis cinq cent quarante-sept à la suite d'un congé honorable pour raison médicale. Il y porte le rang de tribun d'une unité thaumaturgique autonome, une spécialité assez rare pour que l'Empire ne l'ait jamais tout à fait libéré.
Statut
Patricien
Richesse
confortable
Résidence
Trans Mosellam
Concept
Patricien romain, vétéran borgne des guerres d'Orient devenu homme d'affaire et tribun de réserve d'une unité thaumaturgique, qui tente de refaire par amour des siens la fortune que la peste a prise à sa maison, tout en dissimulant sous une chaleur désarmante un fond sadique et pyromane qu'il ne laisse que très rarement échapper à son emprise.
Motivation
Protéger et restaurer les siens, en particulier sa sœur jumelle Vitalia, pour que la maison Caesennia ne retombe jamais dans le dénuement où la peste l'a plongée.
Culte
Cultes civiques
Faceclaim
Jojo Macari
Portrait de Vitalis Caesennius

Caractéristiques

FO10
DX11
QI15
SA9
PV8
VOL15
PER14
PF11
Vitesse de base
5.00
Déplacement
4
Esquive
8
Charge de base
9.1 kg

Compétences

CompétenceRéférencePointsNiveauRéussite
Arme d’épauleDX/Facile1 pt1162,5 %
Arme de poingDX/Facile1 pt1162,5 %
Armes tranchantesDX/Facile1 pt1162,5 %
TactiqueQI/Difficile1 pt1383,8 %
DressageQI/Moyenne1 pt1490,7 %
Navigation (Terrestre)QI/Moyenne1 pt1490,7 %
PiègesQI/Moyenne1 pt1490,7 %
TraquePER/Moyenne1 pt1383,8 %
Premiers secoursQI/Facile1 pt1595,4 %
Détection des mensongesPER/Difficile1 pt1274,1 %
DiscrétionDX/Moyenne4 pts1274,1 %
FilatureQI/Moyenne1 pt1490,7 %
ObservationPER/Moyenne1 pt1383,8 %
DissimulationQI/Moyenne1 pt1490,7 %
SoldatQI/Moyenne1 pt1490,7 %
AdministrationQI/Moyenne1 pt1490,7 %
ChimieQI/Difficile1 pt1383,8 %
DroitQI/Difficile1 pt1383,8 %
GéologieQI/Difficile1 pt1383,8 %
MathématiquesQI/Difficile1 pt1383,8 %
BaratinQI/Moyenne1 pt1490,7 %
InterrogatoireQI/Moyenne1 pt1490,7 %
IntimidationVOL/Moyenne1 pt1490,7 %
LeadershipQI/Moyenne1 pt1490,7 %
MarchandageQI/Moyenne1 pt1490,7 %
OrationQI/Moyenne0 pt + 1 d’origine1490,7 %
Savoir-faire (Militaire)QI/Facile1 pt1595,4 %
ExplosifsQI/Moyenne1 pt1490,7 %
Ingénierie (Génie civil)QI/Difficile1 pt1383,8 %
Ingénierie (Industrielle)QI/Difficile1 pt1383,8 %
Matériaux dangereuxQI/Moyenne1 pt1490,7 %
Conduite (Automobile)DX/Moyenne1 pt1050 %
ÉquitationDX/Moyenne1 pt1050 %
ThaumaturgieQI/Très difficile1 pt1698,1 %
Police scientifiqueQI/Difficile1 pt1383,8 %
FinanceQI/Difficile1 pt1383,8 %
PolitiqueQI/Moyenne0 pt + 1 d’origine1490,7 %
Savoir-faire (Haute société)QI/Facile0 pt + 1 d’origine1595,4 %
StratégieQI/Difficile1 pt1383,8 %

Traits

  • Sadisme — -15 ptsNé des années passées à interroger loin de tout regard officiel, ce penchant échappe aujourd'hui très rarement à son emprise, mais lorsqu'il le fait, il complique sérieusement ce qu'il cherchait à obtenir.
  • Œil manquant — -15 ptsPerdu à vingt quatre ans lors de la destruction d'un dépôt sassanide, où un éclat s'est logé dans son œil.
  • Bourreau de travail — -5 ptsHérité d'une enfance où l'on a très tôt cessé de le juger sur autre chose que son utilité, ce trait le pousse à combler d'un travail supplémentaire chaque heure qu'il pourrait autrement passer à ne rien faire.
  • Visage honnête — +1 ptDon qu'il exploite sciemment depuis qu'il a compris, en Orient comme à Rome, qu'un visage digne de confiance ouvre des portes qu'aucune compétence ne saurait forcer seule.
  • Toucher fin · niveau 1 — +2 ptsDéveloppé depuis la perte de son œil, comme le corps compense souvent ce qu'il perd d'un côté en aiguisant ce qui lui reste de l'autre, ce sens lui sert désormais à peu près à tout, juger la qualité d'un tissu, repérer une fissure dans l'obscurité d'un chantier, ou reconnaître au grain d'un papier un acte que ses yeux, à eux seuls, ne sauraient plus authentifier aussi vite qu'avant.
  • Sommeil réduit · niveau 1 — +2 ptsHabitude prise dès le service actif, où une nuit entière restait un luxe que son unité ne pouvait pas toujours se permettre.
  • Pyromanie — -5 ptsNé du métier de sapeur et d'artificier plutôt que d'une fascination plus ancienne, ce penchant ne l'a trahi, en huit années de service, qu'à de très rares occasions.
  • Insomnie légère — -10 ptsCruelle ironie pour un homme qui a déjà besoin de moins de repos que la plupart, ces nuits interrompues ne lui laissent jamais tout à fait le peu de sommeil que son corps réclame.
  • Intolérance — -5 ptsIl ne porte pas les Sassanides dans son cœur, les jugeant orgueilleux et retors, indignes en définitive de l'estime que leur puissance pourrait par ailleurs exiger. Son dédain pour les Lakhmides surpasse néanmoins de loin celui qu'il réserve à la Perse, il les tient pour un peuple bruyant, mal élevé et sale, qu'il qualifie, de putain des sables.
  • Secret grave — -20 pts

Informations sociales et particulières

Magie

Magerie
Niveau 4
Coût
45 points
Détails
Séisme / Ébranlement Incantation : 3 secondes. Portée : contact ou point visible, jusqu’à environ 20 mètres. Coût : 3 PF pour un rayon d’environ 2m ; 5 PF pour 4m ; 7 PF pour 8m ; 9 PF pour 16m. Durée : quelques secondes de tremblement ; les dégâts causés au terrain ou aux structures restent ensuite. Effet : provoque un violent ébranlement localisé du sol. Peut retourner un terrain, fissurer ou affaisser une tranchée, endommager des fondations ou provoquer l’effondrement d’une structure suffisamment fragilisée. Limites : un bâtiment ne s’écroule pas automatiquement. La solidité et la taille de la construction comptent. Vitalis peut réduire le coût en frappant un point structurel faible grâce à ses connaissances en ingénierie (= roll réussi). Brasier collant Incantation : 2 secondes. Portée : environ 10 mètres. Coût : 3 PF, +1 PF pour augmenter sensiblement la taille du foyer initial. Durée : environ 30 secondes d’effet magique ; tout matériau ayant réellement pris feu continue ensuite à brûler normalement. Effet : crée un feu qui adhère aux surfaces et se propage au contact des matériaux combustibles. Il est particulièrement difficile à étouffer par les moyens ordinaires. Limites : le feu ne saute pas spontanément d’une cible à l’autre sans contact ou continuité combustible. Il reste possible de l’éteindre avec des moyens adaptés. Explosion classique Incantation : 1 à 2 secondes. Portée : à vue. Coût : 3 PF pour une explosion limitée ; 5 PF pour une explosion puissante ; 7 PF pour une explosion très puissante ; 9 PF pour la puissance maximale qu’il peut raisonnablement produire seul. Durée : instantanée. Effet : explosion dirigée vers l’extérieur, privilégiant la destruction ponctuelle, le souffle et les projections. Limites : la puissance diminue avec la distance au point choisi. Plus Vitalis est proche, plus il peut produire une explosion violente et précise. Implosion Incantation : 3 secondes. Portée : à vue. Coût : 4 à 8 PF selon le volume, la masse et la solidité de la cible. Durée : instantanée. Effet : concentre brutalement la force vers l’intérieur afin de faire céder une structure sur elle-même. Particulièrement utile contre portes, murs, véhicules, éléments porteurs ou petits ouvrages. Limites : le sort lui-même produit relativement peu de lumière et de souffle vers l’extérieur, mais l’effondrement provoqué reste évidemment bruyant. Moins efficace sur les structures très massives ou renforcées. Explosion thermobarique Incantation : 3 secondes. Portée : à vue. Coût : 5 PF minimum, augmenté de 1 à 2 PF pour élargir fortement la zone affectée. Durée : instantanée. Effet : privilégie la chaleur et le souffle sur une zone étendue plutôt que la destruction d’un point précis. Très dangereuse dans les espaces confinés, les bâtiments, tranchées ou positions densément occupées. Limites : moins efficace qu’une explosion classique pour perforer ou détruire un point structurel précis. La puissance diminue avec la distance. Torture mentale / Étau de l’Esprit Incantation : environ 10 secondes de contact initial. Portée : contact maintenu. Coût : 2 PF à l’activation, puis 1 PF toutes les 30 secondes. Durée : tant que Vitalis maintient le contact et sa concentration. Résistance : VOL. Effet : amplifie la peur et la perception de la douleur de la cible, jusqu’à rendre insupportables des sensations qui resteraient normalement tolérables. Le sort peut pousser quelqu’un à parler ou à supplier, mais ne garantit jamais la véracité des informations obtenues. Limites : Vitalis peut volontairement pousser le sort plus loin en dépensant 2 PF supplémentaires. Dans ce cas, il doit réussir un jet lié à son Sadisme ou à sa maîtrise de soi ; en cas d’échec, il continue l’amplification au-delà de ce qu’il avait initialement prévu.

Relations

  • Appius Caesennius — Autre personnageFrère aîné, resté en Italie où il tient le nom de la maison Caesennia et la villa de campagne où tous deux ont grandi.
  • Cornelia Caesennia — Autre personnageSœur, mariée dans une autre maison d'Italie selon l'usage sine manu, qui lui laisse son nom, ses biens et ses dettes propres. Elle représente désormais les Caesennia dans une alliance que Vitalis connaît à peine, les lettres entre eux se faisant rares depuis qu'elle a rejoint son époux.
  • Vitalia Caesennia — Autre personnageSœur jumelle, envoyée en Orient. Seule personne à l'avoir vu, un soir dans la villa familiale, perdre entièrement la maîtrise de lui-même, elle demeure la seule dont le regard compte réellement pour lui, malgré la distance et la lenteur du courrier qui les sépare.
  • Quintus Caesennius — Autre personnageFrère cadet, engagé dans l'armée. Trop jeune au moment du dépistage pour avoir appris la manière dont le reste de la maison s'est mis à regarder Vitalis, il demeure, avec leur mère, l'un des rares à n'avoir jamais vu en lui autre chose qu'un frère.

Obligations

  • Evocati — Devoir · -2 ptsEn tant qu'evocati, il demeure inscrit sur les registres militaires et convoqué, à intervalles irréguliers, pour des exercices que sa spécialité rend plus fréquents que ceux d'un simple vétéran d'infanterie. Un tribun d'une unité thaumaturgique autonome ne se remplace pas aisément, et l'armée le sait aussi bien que lui. Chaque convocation peut se limiter à quelques jours d'entraînement ou de vérification de compétence, mais elle peut tout aussi bien annoncer un rappel complet sous les drapeaux.

Description physique

Silhouette : taille, poids, carrure, posture et démarche

Taille moyenne, carrure mince mais nerveuse, celle d'un homme que huit années de service actif ont façonné davantage qu'un gymnase patricien n'aurait su le faire. Rien de massif chez lui, mais une endurance qui se devine à la manière dont il se tient, jamais tout à fait relâché.

Visage : traits, regard, cheveux, âge apparent

Traits réguliers, mâchoire nette, cheveux bruns coupés court à la manière militaire qu'il n'a jamais quittée. Un œil sombre reste vif et attentif, l'autre a été remplacé par une prothèse de verre qui ne cille jamais tout à fait comme le vrai, détail que seul un observateur attentif remarque avant de comprendre pourquoi son regard le trouble sans qu'il sache dire pourquoi.

Voix, accent, vocabulaire et manière de parler

Latin de Rome, marqué par cette urbanitas qui distingue le natif de Rome d'un provincial. Ses finales sont nettes, ses diphtongues jamais aplaties comme le voudrait un parler plus rustique. Une élocution mesurée par ailleurs, héritée de son éducation patricienne.

Tenue habituelle, style et niveau de soin

Il porte à son apparence une attention constante, sans jamais que cet effort ne se donne à voir. Son élégance ne tient pas d'abord au vêtement, mais d'une discipline intérieure dont le vêtement n'est que la conséquence la plus visible, un soin si abouti qu'il en paraît naturel. Au quotidien, un ensemble pouvant allé du sombre au coloré mais toujours sobre, coupe irréprochable, col toujours net, chaussures toujours neuves, une bague à l'emblème de la domus Caesennia comme seul ornement visible. Il ne descend jamais au rang du chantier, la poussière s'y dépose sur lui sans qu'il consente jamais à s'en accommoder par une tenue différente. Cette exigence n'a rien d'une vanité tournée vers le regard d'autrui, à ses propres yeux du moins. Il la tient pour une forme de tenue de soi qui s'étend au corps comme au reste, une manière de rappeler, sans un mot, qu'un homme se doit à lui-même davantage que ce que la situation exige de lui.

Marques distinctives : cicatrices, tatouages, prothèses, signes non humains

L'œil de verre, évidemment, qu'il ne dissimule jamais sous un bandeau.

Gestes, tics, habitudes corporelles et odeur éventuelle

Il nettoie régulièrement son œil de verre avec un carré de soie, geste qui s'étire toujours un peu plus longtemps que nécessaire. Il allume systématiquement les cigarettes d'autrui sans jamais fumer lui-même. Malgré son métier, il ne porte jamais l'odeur de la pierre ou du mortier, mais un parfum au note de lavande et vanille.

État de santé, handicap, traitement ou contrainte physique

Malgré ses années de service, son corps n'est pas celui d'un militaire cliché dans un film, le sien n'est plus tout neuf. La perte d'un œil entraîne une perception du relief affaiblie, gênante pour certaines tâches de précision. Il dort peu, moins que la plupart des hommes, mais moins bien encore que son corps ne le lui permettrait, sans recourir à aucun remède pour corriger l'un ou l'autre.

Première impression donnée

Un homme chaleureux, digne de confiance, dont le visage inspire spontanément une sympathie que peu songent à interroger. On le croit facilement honnête, presque avant qu'il n'ait parlé.

Personnalité / description psychologique

Tempérament et comportement quotidien

Au quotidien, Vitalis se montre courtois, mesuré et d'un abord facile, la conversation ne lui coûtant jamais l'effort qu'elle coûte à un homme naturellement renfermé. Il travaille beaucoup, par goût autant que par nécessité, et supporte mal l'inaction prolongée, mais cela ne fait pas de lui un homme austère pour autant, il sait rire, recevoir, plaisanter avec ses proches et se montrer généreux envers ceux qu'il estime. Sous cette aisance sociale affleure pourtant une économie de sentiment que peu remarquent d'emblée, il pardonne vite les torts qu'on lui fait et les oublie plus vite encore, non par grandeur d'âme mais parce que la rancune lui semble, très simplement, une perte de temps.

Trois qualités qui se voient en scène

Trois traits se remarquent d'emblée lorsqu'on l'observe. Une chaleur de manières tout à fait sincère, d'abord, qui désarme presque instantanément la méfiance de ses interlocuteurs, sans que cette disposition ne procède jamais, chez lui, d'un attachement véritable ou d'une rancune correspondante, il peut se montrer affable un instant et parfaitement indifférent au sort de la même personne l'instant suivant, sans qu'il y voie la moindre contradiction. Un sang-froid qui ne se dément jamais, ensuite, une immobilité presque insolente au cœur du danger, qui laisse deviner, avant même qu'il n'ouvre la bouche, qu'il sait déjà comment il en sortira vivant. Une urbanité patricienne assumée, enfin, perceptible dans le moindre de ses gestes comme dans la coupe de ses vêtements, qui rappelle sans un mot à qui l'on s'adresse, même lorsque la position de sa maison reste, pour l'heure, largement à reconquérir.

Trois défauts qui créent réellement des problèmes

Une propension sadique, d'abord, qui échappe rarement, mais parfois, à son emprise sur lui-même, et qui nuit alors gravement à ce qu'il cherchait à obtenir. Un acharnement au travail, ensuite, qui l'use plus qu'il ne le reconnaît lui-même, et qui finit, insensiblement, par peser sur ceux qui l'entourent autant que sur lui. Une particularité physique, enfin, qui le dessert davantage qu'elle ne le sert, l'œil de verre qui a remplacé celui qu'il a perdu rendant son visage immédiatement reconnaissable, ce qui affaiblit sa perception du relief, ce qui entrave certaines tâches techniques exigeant précision et justesse du regard.

Valeurs, principes et lignes rouges

Ses valeurs ne doivent rien à une école qu'il saurait nommer, mais tout à ce que son éducation et son service lui ont enseigné. Il retient le refus du ressentiment (la rancune froide, patiente, dissimulée), qu'il tient pour une lâcheté déguisée en vertu, et le mépris de la pitié complaisante, qui n'honore ni celui qui la donne ni celui qui la reçoit. Il retient aussi que la réputation se bâtit par les voies publiques, les services rendus, les œuvres visibles, jamais par les voies privées, les faveurs discrètes et les dettes accumulées en secret, qu'il juge dangereuses autant pour la cité que pour celui qui les pratique. Il retient enfin qu'un homme digne de ce nom ne se vend à personne, et que la seule arme qui vaille est celle qu'on possède en propre. Sa ligne rouge découle directement de ces principes, il ne pardonnera jamais, et ne consentira jamais, fût-ce contre une fortune, à devenir l'instrument salarié d'un tiers.

Vision du monde

Le monde ne lui doit rien, et cette conviction, loin de l'accabler, le libère. Il a vu sa maison défaite non par un ennemi mais par une maladie et par des formulaires égarés, preuve suffisante à ses yeux que l'univers n'est ni juste ni injuste, mais simplement indifférent. Il n'existe donc rien à quoi en appeler, nul tribunal cosmique devant lequel plaider sa cause, et il ne lui reste qu'à s'organiser avec le plus grand soin, dans l'espoir que l'édifice ainsi bâti tienne plus longtemps que celui que le hasard a emporté.

Ce que le personnage pense de lui-même

Il se tient pour un homme accompli, plus capable que la plupart de ceux qu'il côtoie, et cette conviction ne relève chez lui d'aucune vantardise, simplement d'une évaluation qu'il croit exacte de ses propres moyens. Il sait qu'il porte en lui des penchants qu'il préférerait ne pas avoir, et ne cherche pas à se le cacher, mais il refuse d'en faire toute son identité, estimant qu'un homme vaut ce qu'il construit bien plus que ce qu'il tait. Il se voit avant tout comme celui de la fratrie qui a quitté le plus tôt le confort de l'Italie pour bâtir, loin des siens, quelque chose que la maladie et le malheur ne pourront plus leur reprendre.

Ce que son entourage perçoit différemment

Les inconnus qui croisent Vitalis retiennent d'abord son aisance, sa courtoisie et cette compétence qu'il donne à voir sans le moindre effort. Ceux qui le connaissent réellement, en revanche, une poignée seulement, sa sœur jumelle Vitalia au premier rang, perçoivent autre chose sous ce naturel, une intensité qu'il ne montre jamais en public, et une forme de solitude qu'il n'admettrait devant personne d'autre qu'eux. Là où le monde voit un homme sûr de lui, les siens devinent parfois, dans un silence trop prolongé ou un regard qui s'attarde, un homme qui doute davantage qu'il ne le laisse paraître, et qui préfère de loin qu'on l'ignore.

Désir conscient

Ce qu'il énoncerait sans détour, devant les siens, tiendrait en une phrase, redorer le nom de la maison Caesennia et lui rendre la fortune que la peste lui a ravie. C'est là le dessein que toute la fratrie s'est donné en commun, et qu'il partage sincèrement. Mais son désir personnel excède quelque peu ce devoir collectif, il souhaite aussi, pour lui-même, posséder quelque chose que nul héritage ne lui aura transmis, une réussite qui porte sa seule empreinte plutôt que celle de ses ancêtres.

Besoin profond, parfois non reconnu

Sous cette ambition partagée avec les siens se dissimule un besoin qu'il ne formulerait à personne, celui d'être considéré pour lui-même, et non pour ce qu'il apporte à la maison, à son entreprise ou à quiconque mesure sa valeur à son utilité. Il craint, sans se l'avouer, qu'une fois la fortune familiale restaurée, on ne retienne de lui que ce service rendu, et jamais l'homme qui l'a rendu.

Motivation principale

Ce qui le fait se lever chaque matin, y compris les plus funestes (les plus sombres, les plus chargés de mauvais augure), c'est l'attachement qu'il porte aux siens, et en particulier à sa sœur jumelle, restée la seule personne au monde à le connaître entièrement. Le reste, n'est jamais qu'un moyen de tenir cette promesse silencieuse qu'il s'est faite à lui-même, celle de ne jamais laisser sa famille retomber dans le dénuement où la peste l'a plongée.

Objectif à court terme / à long terme

À court terme, il s'attache avant tout à accroître ses ressources, son influence et son patrimoine, par les voies les plus rapides que sa position lui permette d'emprunter honorablement. À moyen terme, il vise l'acquisition d'une écurie et la restauration complète de la fortune de sa maison. À plus long terme enfin, il ambitionne de bâtir quelque chose qui dure, un ouvrage assez solidement fondé pour survivre à la génération que la contagion a emportée.

Ce qui pourrait le faire changer de camp, d’objectif ou de méthode

Aucun argument ne le fera changer de méthode, il y oppose une inertie que peu d'hommes possèdent. L'amour, en revanche, le pourrait, et particulièrement l'amour des siens. Que sa sœur jumelle, ou l'un des autres enfants de la maison Caesennia, se trouve un jour menacé par les conséquences de ses propres choix, et il abandonnerait sans hésiter la voie la plus rentable pour la voie la plus sûre ou la plus sombre. Ce n'est pas là, à ses yeux, une faiblesse, mais la seule hiérarchie de valeurs qu'il reconnaisse au-dessus de la sienne propre.

Peur, phobie ou traumatisme

Il redoute la mort comme la redoute tout homme raisonnable, sans pour autant refuser la fatalité qui l'accompagne, et cette pensée ne trouble guère son repos. Ce qui l'inquiète bien davantage, c'est la perspective de perdre encore un sens après avoir déjà sacrifié un œil, la vue qui lui reste, l'ouïe, ou la parole, tant il sait combien un homme diminué voit vite décliner l'autorité qu'il a mis des années à bâtir. À cette crainte s'ajoute une menace plus concrète, sa qualité d'evocati laissant planer sur lui l'éventualité d'un rappel qui surviendrait, immanquablement, à un mauvais moment.

Ce qui reste irrésolu en lui-même

Une question qu'il refuse de trancher, non par lâcheté mais par probité, le poursuit sans relâche. L'incendie qu'il allume est-il véritablement un choix, l'exercice souverain d'une doctrine mûrement réfléchie, ou n'est-il, dans le fond, qu'une pulsion à laquelle il donne après coup les habits de la philosophie ? Il pourrait aisément se mentir sur ce point et vivre plus tranquille, il s'y refuse, et porte ainsi, sans jamais la refermer, une plaie qu'aucun raisonnement ne suffit à cicatriser.

Contradiction la plus intéressante

Il professe, avec une constance presque doctrinale, une indifférence souveraine au regard d'autrui. Cette indifférence connaît pourtant une exception unique, jamais avouée, celle de Vitalia, sa sœur jumelle, seule à deviner ce qu'il dissimule à tous les autres. Un homme qui se prétend redevable envers personne se découvre, malgré lui, l'obligé d'une seule. À cette faille intime répond une seconde contradiction, plus institutionnelle. Il conçoit sa magie comme un simple outil, une arme propre dénuée de toute signification métaphysique, mais le registre impérial, lui, l'inscrit comme une puissance, une catégorie d'être supérieure. Il se pense instrument, l'État le désigne comme une exception de nature. Il ne peut corriger ni l'une ni l'autre de ces deux méprises.

À l’aise lorsque

Devant un problème calculable, un titre de propriété à authentifier, des problèmes tangibles en somme, il se meut avec une aisance qui confine à la sérénité. Il retrouve cette même assurance à l'oral, dans une négociation, un discours ou une joute verbale, où sa rhétorique cultivée lui donne presque toujours un temps d'avance. Il connaît enfin cette même quiétude à l'écurie, avant l'aube, seul avec les bêtes dont l'exigence, purement physique, ne réclame de lui ni discours ni justification. Le péril lui-même ne l'ébranle guère, sachant que ses pouvoirs lui trouveront presque toujours une issue là où un homme ordinaire resterait sans recours.

Mal à l’aise lorsque

Ce qui le met réellement mal à l'aise, c'est de perdre l'initiative, quel qu'en soit le domaine, de sentir qu'un événement, une décision ou une situation lui a échappé avant qu'il n'ait eu le temps d'agir le premier, lui qui a fait de mener le jeu une habitude si ancienne qu'il ne la remarque plus. Il ne le laisse jamais paraître, mais il redouble alors d'attention et cherche, avec une discrétion parfaite, le moyen de reprendre la main avant que quiconque ne s'aperçoive qu'il l'avait, un instant, perdue.

En colère lorsque

Sa colère, rarement spectaculaire, se déclenche surtout lorsqu'on s'en prend aux siens, directement ou par ricochet, ou lorsqu'on doute publiquement de sa parole. Dans les deux cas, il ne hausse pas le ton, il devient seulement plus précis, plus coupant, et infiniment plus dangereux qu'un homme qui crie.

Triste ou vulnérable lorsque

Sa vulnérabilité procède de deux sources bien distinctes. Celle du cœur, d'abord, l'amour qu'il porte aux siens, à sa famille tout entière et à sa sœur jumelle en particulier, un attachement qui pourrait, en de mauvaises mains, servir à le faire céder là où rien d'autre n'y parviendrait. Celle de l'esprit, ensuite, ce fond sadique et cette fascination pour le feu qu'il maîtrise presque toujours, mais dont il sait qu'elles pourraient, un jour, le trahir devant témoin.

Sous pression, il ou elle a tendance à

Travailler davantage, jamais moins. La pression ne le ralentit pas, elle l'accélère, et c'est précisément là que réside le péril, puisque plus les heures de sommeil se raréfient, plus la vigilance qu'il oppose d'ordinaire à ses penchants les plus sombres s'amenuise.

Ce que le personnage fait quand personne ne le regarde

Il entretient lui-même l'âtre de sa demeure, sans jamais confier ce soin à un domestique, sous couvert d'une piété familiale qui n'est, pour l'essentiel, qu'un prétexte commode. Il lui arrive aussi de gagner seul l'écurie, où il s'occupe de ses chevaux de ses propres mains, avec une douceur qu'aucun de ses employés ne lui connaît. Il passe le reste de ces heures solitaires à lire, à revoir ses plans et ses comptes, ou à préparer les journées à venir avec un soin que personne ne lui voit jamais déployer devant témoin.

Aime / n’aime pas

Il aime la précision d'un dossier bien tenu, l'odeur du mortier frais, le silence utile d'un chantier à l'arrêt, la compagnie des chevaux, le travail nocturne, la langue exacte qui ne souffre aucune approximation, et un complot mené sans la moindre fausse note jusqu'à son terme. Il n'aime pas la pitié qu'on lui témoigne, le bavardage sans enjeu, la dépendance à la bonne volonté d'autrui, l'improvisation non maîtrisée, et, plus que tout, l'idée qu'on puisse le croire supérieur par nature plutôt que compétent par choix.

Passions, habitudes, manies et petits plaisirs

Il allume systématiquement les cigarettes d'autrui, sans jamais fumer lui-même, seule manière socialement irréprochable de faire naître une flamme plusieurs fois par jour sans éveiller le moindre soupçon. Il entretient, en toute saison, un âtre qui ne s'éteint jamais. Il se rend, plus souvent qu'il ne le confesserait, observer seul les chevaux s'entraîner dans la brume matinale, plaisir rigoureusement gratuit, échappant pour une fois à tout calcul, qu'il tient, sans l'admettre, pour l'une des rares joies de son existence qu'il n'ait jamais eu à discipliner.

Biographie

Vitalis Caesennius naquit à Rome en cinq cent vingt-trois, troisième enfant d'une maison patricienne dont l'ancienneté valait alors bien davantage que la fortune, celle-ci demeurant, comme il arrive souvent aux lignées trop anciennes pour s'en soucier encore, une question qu'on préférait taire entre soi. Il vint au monde en même temps que sa sœur Vitalia, attachement que ni l'un ni l'autre n'eurent jamais à cultiver, puisqu'il leur fut donné avant même qu'ils sussent parler. Appius, l'aîné, comptait déjà six années de plus et portait sur ses épaules d'enfant le poids tranquille d'un nom à perpétuer. Cornelia occupait, entre les deux générations, cette place intermédiaire où l'on n'est ni l'espoir ni le souci de personne. Quintus, le cadet, ne viendrait que plus tard, trop jeune longtemps pour peser sur quoi que ce fût. La maison possédait, outre sa demeure urbaine, une villa de campagne où l'on gardait des chevaux, et c'est là, entre les leçons de grammaire et les séjours obligés, que l'enfant apprit ce que ses précepteurs ne lui enseignaient pas, la patience qu'exige une bête, le silence qu'elle récompense, la justesse d'un geste qui ne pardonne aucune brusquerie. Rome lui donnait la langue et le rang, la campagne lui donnait tout autre chose, une forme de quiétude qu'il ne sut nommer que bien plus tard et qu'il rechercherait, une fois homme fait, avec une constance qu'il ne s'avouerait jamais entièrement. À huit ans survint ce qui devait, sans qu'il en mesurât alors la portée, redéfinir l'ensemble de son existence. Les maisons fortunées, dit-on, font examiner leurs enfants de bonne heure, par prudence autant que par calcul, et demandent volontiers plusieurs avis avant de s'en remettre à un seul. On l'examina donc, et le résultat dépassa ce que la famille avait espéré. Un don peu commun venait de se révéler, d'une ampleur que fort peu d'enfants de son âge pouvaient prétendre égaler, et la maison entière, en l'espace d'un après-midi, cessa de voir en lui un troisième fils pour n'y plus voir qu'un placement. Le changement ne s'opéra point par la brusquerie, mais par accumulation. Les précepteurs se succédèrent, plus nombreux et plus dispendieux que ceux de ses aînés. Les dépenses se concentrèrent sur lui avec une constance qu'aucun des siens n'aurait songé à contester ouvertement. On se prit à discuter de son avenir devant lui, comme on eût discuté du rendement futur d'un domaine, sans malice apparente mais sans pudeur non plus. Appius comprit, avec la clairvoyance précoce des aînés destinés à hériter d'un nom plutôt que d'une fortune, qu'il conserverait le premier tandis que son cadet hériterait de la seconde estime, celle qui se mesure en promesse plutôt qu'en préséance. Trois êtres, dans cette maison soudain transformée, continuèrent de le considérer comme auparavant. Sa mère, que rien ne détournait longtemps de l'affection qu'elle portait à chacun de ses enfants pris séparément plutôt qu'en somme. Vitalia, dont le lien avec lui précédait toute mesure de valeur et n'avait donc nul besoin d'en être révisé. Et Quintus, trop jeune encore pour avoir appris la nouvelle manière de le regarder, qui grandirait sans jamais connaître d'autre frère que celui-là, un frère tout court, sans qualificatif ajouté. L'enfant, quant à lui, ne vécut point cette métamorphose comme un fardeau. Il s'en grisa sincèrement, sans arrière-pensée qu'un garçon de huit ans eût su concevoir. Devenir, du jour au lendemain, le centre des attentions d'une maison entière produisit chez lui une ivresse dont il ne songerait à s'amender que des années plus tard, lorsque l'amertume, plus tardive et partant plus profonde, viendrait se mêler au souvenir. Il ne pourrait alors se poser en victime de sa propre famille, ayant lui-même savouré ce qu'elle avait fait de lui. Les années suivantes le virent partagé entre trois apprentissages qui, chez tout autre, se seraient exclus. Les lettres d'abord, la grammaire, le droit, la rhétorique, ce que son rang exigeait de lui et dont procède aujourd'hui encore sa langue. La thaumaturgie ensuite, financée par la maison à grands frais, le plus lourd investissement qu'un père eût jamais consenti sur un seul de ses enfants. La mathématique appliquée enfin, et le dessin technique, parce que quelqu'un, fort tôt, remarqua que le garçon comprenait les charges et les appuis mieux qu'il ne retenait les déclinaisons. Vers quatorze ou quinze ans, ses examens thaumaturgiques passés avec un succès qui surprit jusqu'à ses maîtres, il fut inscrit au registre impérial, licencié avant même d'avoir revêtu un uniforme. À seize ans, il entra au génie militaire comme élève officier. Un goût véritable pour la construction l'y portait déjà, auquel s'ajoutait la certitude tranquille que son don y trouverait un emploi digne de lui, mais son père, fidèle à l'habitude prise huit ans plus tôt de traiter ce fils comme un placement, fit jouer ses relations pour hâter son admission et le faire entrer au plus tôt parmi d'autres thaumaturges plutôt que dans une compagnie ordinaire. Il n'avait jamais été, jusque-là, en rébellion contre les siens. Il avait accepté le rôle qu'on lui avait taillé à huit ans, il l'avait même embrassé, en choisissant la voie où ce don servirait le mieux les intérêts communs autant que les siens propres. Sa formation de sapeur et d'artificier acheva ce que l'enfance avait commencé, et il rejoignit bientôt, la chose étant rare assez pour qu'on ne l'affectât pas à une compagnie ordinaire, l'une de ces unités thaumaturgiques autonomes dont le nombre restreint fait tout le prix et dont les méthodes les plus efficaces demeurent, par nécessité, couvertes du secret. On l'envoya en Orient, où Rome et la Perse s'affrontaient en Mésopotamie et dans le Caucase, par bataille rangée quand l'occasion s'en présentait, par auxiliaires arabes interposés le reste du temps. Ce fut là, contre les Sassanides et leurs alliés lakhmides, qu'il apprit véritablement son métier, et qu'il contracta ce mépris de soldat pour ces derniers dont il ne se déferait jamais. Vers dix-huit ou dix-neuf ans, une position fortifiée, tenue par des auxiliaires lakhmides et défendue selon les moyens de l'époque, projecteurs électriques, nids d'armes automatiques, plan levé dans la journée même par un appareil de reconnaissance, commandait un passage que sa colonne devait impérativement franchir. Un siège en règle eût demandé des semaines qu'on n'avait pas. Il proposa d'approcher de nuit avec une poignée d'hommes plutôt qu'avec le corps entier de sapeurs qu'exigeait le règlement, de poser une charge calculée au plus juste, et de la doubler d'un sort qui en orientât le souffle, concentrant en un point unique ce qu'une détonation ordinaire eût dispersé sur toute la longueur du mur. La brèche s'ouvrit nette, exactement là où il l'avait annoncée, et la position tomba en quelques heures là où elle eût dû en coûter des semaines. Ce fut le premier moment où ses supérieurs mesurèrent concrètement ce qu'un sapeur pourvu d'un tel don pouvait accomplir, et le premier moment aussi où circula, sans qu'on le lui dît jamais en face, l'idée qu'il valait mieux ne point trop lui demander comment il s'y était pris. Pendant qu'il combattait ainsi, loin de Rome, le fléau qui devait bientôt porter un nom que nul n'oublierait remontait les routes commerciales d'Occident. Il n'en vit rien directement, ou presque rien, sinon ses effets sur le courrier, devenu irrégulier, puis rare, puis presque silencieux. C'est par une lettre arrivée avec plusieurs semaines de retard, alors qu'il avait vingt ans, qu'il apprit la mort de son père. Aucun tribunal ne lui en aurait jamais fait reproche, et lui-même ne se le reprocherait pas en ces termes, ce qui précisément le travaillerait davantage qu'un remords ordinaire. La même année, à peu près, sa réputation cessa d'être un simple bruit de couloir. Après une embuscade, il captura un éclaireur près d'un point d'eau isolé et lui arracha, en quelques minutes plutôt qu'en plusieurs jours, la position d'une colonne de pillards lakhmides qui menaçait une route de ravitaillement romaine. L'information se révéla exacte, la colonne fut détruite avant de frapper. Personne, dans sa chaîne de commandement, ne demanda jamais comment il avait obtenu cet aveu si vite. C'est là que le lien entre son penchant et son efficacité s'installa dans son esprit, sans qu'il y prêtât davantage attention. Vers vingt-deux ans, une permission lui permit de rentrer à Rome pour quelques jours. Il profita de ce court séjour pour vérifier, poste par poste, l'état des affaires familiales depuis la mort de son père. Un homme s'occupait des affaires courantes de la domus depuis le commencement de la contagion, un intendant chargé des loyers et des archives, et certains comptes ne s'accordaient pas. Il le convoqua un soir, dans une pièce du sous-sol qu'on n'ouvrait plus guère, et l'interrogea comme il avait appris à le faire en Orient, sans témoin, sans les formes que le droit romain exige d'ordinaire, par des moyens qu'aucune procédure écrite n'eût jamais reconnus comme preuve recevable. Vitalia entra dans la pièce sans savoir ce qui s'y passait, venue chercher son frère pour une raison sans importance, une lettre à expédier peut-être, ou l'heure du dîner, heureuse simplement de le savoir à la maison pour quelques jours. Ce qu'elle vit, elle ne le raconterait jamais à personne, et lui non plus. Depuis ce soir-là, elle seule, dans toute la famille, le connaît véritablement. L'intendant finit par avouer avoir détourné une partie des loyers et laissé se perdre, ou disparaître plus volontairement encore, des actes qui l'auraient compromis. Vitalis obtint ce qu'il était venu chercher. Mais il savait, par son propre métier, qu'un homme brisé dit ce qu'on veut entendre de lui, et il ne saurait donc jamais avec certitude si cet aveu disait le vrai ou seulement ce qui pouvait faire cesser la douleur. Sa permission achevée, il regagna l'Orient et y poursuivit son service deux années encore, sans qu'aucun autre épisode ne vînt, de son vivant du moins, s'ajouter au récit qu'on faisait déjà de lui. Vers vingt-quatre ans, son détachement, porté à six hommes pour l'occasion tant ces spécialistes demeurent rares, reçut la charge d'une opération jugée trop délicate pour une troupe ordinaire, la réduction d'un dépôt sassanide fortement gardé avant qu'il ne pût servir à ravitailler une offensive. L'opération réussit, l'objectif fut détruit. Mais au moment de la détonation principale, une charge secondaire répondit au souffle, ou une pierre projetée par l'explosion échappa à toute prévision possible, et un éclat vint se loger dans son œil avant qu'aucun de ses compagnons n'eût pu intervenir. Le même souffle emporta le bras de l'un d'eux, resté à quelques pas de la charge. Nul n'y vit de faute, ni la sienne ni celle d'un autre. Ce fut le prix ordinaire d'un métier qui ne pardonne pas toujours, même aux plus habiles, et ce fut précisément cette dernière opération, glorieuse et coûteuse à la fois, qui acheva de lui valoir le titre de tribun d'une unité autonome, reconnaissance tardive d'une carrière que la blessure interrompait au moment même où elle la couronnait. Un congé honorable, motivé par cette blessure, lui fut accordé. Il demeura inscrit chez les evocati, cette réserve de vétérans que l'Empire peut rappeler à tout moment sous les armes, et rentra à Rome sans plus d'illusions sur ce qu'il y trouverait. Ce qu'il y trouva dépassa pourtant ce qu'il redoutait déjà. La contagion, en se retirant, avait laissé un cinquième entier de la fortune familiale perdu pour la seule raison qu'on ne pouvait plus en prouver la possession, les archives ayant été détruites ou rendues illisibles. Le reste avait fondu sous les successions en cascade et les réquisitions d'immeubles vidés de leurs occupants. Le père mort sans que nul ne détînt plus, sur les cinq enfants devenus juridiquement indépendants le même jour, la moindre autorité légale, un conseil se réunit néanmoins, l'autorité morale suffisant encore à cette date à rassembler tout le monde autour d'une même table. On s'y répartit ce qui restait à faire. Appius garderait le nom et la façade en Italie. Cornelia, déjà mariée dans une autre maison, y représenterait les Caesennia. Quintus poursuivrait l'armée. Vitalia partirait pour l'Orient, où l'argent se fabriquait désormais. Et lui choisit Trèves, de sa propre initiative, sans que quiconque le lui eût imposé, la ville comptant quatre cent mille âmes, concentrant banques, ateliers ferroviaires, centrales et usines d'armement, et ne recensant, parmi tant d'habitants, que deux à quatre cents thaumaturges déclarés. C'était, depuis ses huit ans, la première décision entièrement sienne. Il gagna Trèves l'année même de son congé, financé par ce qui subsistait du patrimoine familial, pour l'essentiel immobilier, et non par une solde militaire ni par un crédit gagé sur son registre. Il y fonda une société de bâtiment et de génie civil, s'inscrivit au registre impérial des thaumaturges, et s'installa à Trans Mosellam, sur la rive où résident les maisons qui n'ont pas encore renoncé à en être une. Il arriva, en vérité, les mains à peu près vides. Sa société n'existait guère encore que sur le papier, son nom n'était connu de presque personne dans la ville, et ce qui le rendait déjà intéressant aux yeux des puissants n'était pas ce qu'il possédait, qui restait à prouver, mais la seule rareté de son inscription. On ne le convoitait pas pour sa réussite. On le convoitait pour ce qu'il était. Une année s'est écoulée depuis. Il a aujourd'hui vingt-cinq ans, et rien de ce qu'il a bâti à Trèves ne s'est encore mué en certitude. Il travaille beaucoup, par goût autant que par nécessité, et supporte mal l'oisiveté prolongée sans que cela fasse de lui un homme austère pour autant. Il pardonne vite les torts qu'on lui fait et les oublie plus vite encore, non par grandeur d'âme mais parce que la rancune lui paraît, tout simplement, une dépense inutile. Ceux qui le croisent retiennent son aisance et cette compétence qu'il donne à voir sans effort apparent. Sa sœur jumelle seule, à des centaines de lieues désormais, devine ce qu'il tait à tous les autres. Il tient encore, avec la même constance qu'à huit ans, ce qu'on lui a appris à devenir, sans jamais tout à fait s'avouer qu'il en discute encore les termes en son for intérieur. Il ne pardonnera jamais qu'on falsifie une preuve, ne se vendra jamais à un tiers pour de l'argent, et continuera de croire, contre l'évidence de sa propre cadence, que le feu qu'il allume est toujours un choix. Il se lève avant l'aube certains jours pour regarder, seul, des chevaux courir dans la brume, plaisir dont il ne s'explique jamais la gratuité et qu'il tient, sans se le formuler, pour la seule joie de son existence qu'il n'ait jamais eu à discipliner.

Répartition des points

Attributs principaux
110
Attributs secondaires
-7
Traits
-70
Compétences
39
Social
78
Total
150
Restant
0